Interview de Jean-Marc Le Bac, médecin de la Clinique du Ter à Plœmeur
Référent voile du pôle Sport & Santé de la Clinique du Ter à Plœmeur et formateur à Bretagne Sud Simulation Santé (B3S), Jean-Marc Le Gac a réalisé une étude avec Bérénice Charrez, ingénieure biomédicale, en captant et en recueillant des données sur l’impact d’une course comme le Vendée Globe sur la santé des skippers. Il raconte à Sortir Ici.
“ Nous avons posé des biocapteurs sur 13 skippers du Vendée Globe ”
Jean-Marc Le Gac, médecin de la Clinique du Ter à Plœmeur
En quoi consiste l’expérience que vous avez menée à l’occasion du dernier Vendée Globe ?
Cela relève de la recherche médicale de l’extrême. Avec Bérénice Charrez, nous avons posé des biocapteurs sur 13 skippers du Vendée Globe pour connaître par exemple leur tension artérielle, leur température corporelle ou leur oxygénation du sang. Damien Seguin sur l’IMOCA du Groupe APICIL a également accepté de réaliser pendant la course un bilan physiologique, psychologique et nutritionnel à partir d’outils que nous lui avons transmis (cf. encadré). Avec le collectif des médecins et kinés du B3S et du Centre de médecine du sport Bretagne Sud, nous sommes en train d’étudier toutes les données récoltées avec l’objectif de les publier et de s’en servir pour la prévention des skippers et l’amélioration de leur santé.
Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser cette étude ?
En tant que formateur à la B3S de la Clinique du Ter, je suis amené à préparer les trousses d’urgence et à former les skippers aux premiers secours. Certains d’entre eux veulent que je les accompagne davantage sur le plan médical. Or nous disposons de très peu de données sur leur santé, notamment au niveau de la gestion de la solitude. En tant qu’ancien urgentiste, je trouve également intéressant de se servir de ces analyses en pleine mer pour apporter des pistes de réflexion sur la terre ferme dans le cas par exemple de patients situés dans des zones médicales isolées.
Quelles sont les pathologies les plus fréquentes pour les skippers ?
Il y a de nombreuses pathologies axiales avec des hernies discales ou des lombalgies chroniques dues à des microtraumatismes répétés. Avec des bateaux qui vont de plus en plus vite, la base crânienne est aussi amenée à beaucoup bouger. L’énergie cinétique liée à la vitesse peut aller jusqu’à provoquer des traumatismes crâniens. Au niveau auditif, nous avons mesuré que le bruit sur un bateau équivaut à un aspirateur tout le temps en marche. Sur le plan digestif, la reprise d’un transit normal s’avère souvent compliquée. Il y a également des problèmes dermatologiques au niveau du postérieur avec des lésions cutanées. Dans le cadre de la formation à B3S, on rappelle au skipper de s’asseoir sur un coussin en gel d’eau comme le font les paraplégiques avec leur fauteuil roulant. À l’instar de l’expérience des skippers en mer qui peut être utile pour les terriens, celle des handicapés peut servir aux valides.
Aborde-t-on différemment une transatlantique comme la Transat Paprec qui s’élancera le 20 avril à Concarneau et une course au large de plus de 60 jours comme le Vendée Globe ? Pour une traversée de l’Atlantique, le règlement impose une seule journée de formation pour les skippers. On compose avec eux la pharmacie de bord et on leur apprend à réaliser les premiers soins et à transmettre un bilan médical. Pour le Vendée Globe, il faut compter trois jours de formation.
Combien de personnes viennent chaque année se former à la Clinique du ter ?
Nous accueillons 800 stagiaires par an au B3S. Nous avons tous les types de profil. Cela va de personnes qui veulent faire le tour du monde en bateau avec leur famille à des marins de la marine marchande, en passant bien entendu par des skippers professionnels. La formation est réalisée au sein de la Clinique du Ter par des urgentistes, des médecins du sport, des préparateurs mentaux, des kinés ou des diététiciens amenés à intervenir au sein du pôle Sport & Santé. On essaie de plus en plus d’y ajouter des modules sur la prévention des risques
Propos recueillis par BMO
LIGNES ROUGES
Disponible sur la chaîne You Tube du Groupe APICIL, le film Lignes Rouges revient sur le suivi médical de Damien Seguin durant son tour du monde en solitaire à l’occasion du dernier Vendée Globe. Ce documentaire de moins de 15 minutes permet d’évoquer avec Bérénice Charrez et Jean- Marc Le Gac les limites de la course au large sur le plan humain.
Durant le Vendée Globe, Jean-Marc Le Gac a aussi présenté des vidéos courtes adaptées pour les réseaux sociaux et réalisées par la Clinique du Ter en partenariat avec le Groupe APICIL. Le contenu se veut pédagogique et la scénarisation se montre très ludique. Jean-Marc Le Gac y aborde des sujets comme la gestion des bobos, le défi thermique, le traumatisme crânien ou la nutrition. À voir absolument...